02.12.2009
La morale du jour...
Parfois, on se marre bien avec les élèves ! Quand même, il faut le dire !
Hier, en fin d'heure, un gamin qui tourne à 0,50 de moyenne en allemand ce trimestre vient me voir et me dit solennellement : « Madame, c'est promis, je me mets au boulot ». Je lui fais remarquer qu'a priori, si j'ai bien compris, la promesse ne fera effet que jeudi, quand nous nous reverrons, vu qu'il vient de passer son heure à faire l'imbécile avec son voisin !! Et d'ajouter : « Mais tu sais, je veux bien y croire, moi, je ne demande pas mieux. Il faut avoir des illusions. Je pense que si on ne se fait aucune illusion sur le genre humain, il ne faut pas être prof. Ce sera la morale du jour » !!
N'empêche que ... rêvons un peu : et si ce gamin se mettait réellement au travail ? Pour ma part, j'ai toujours envie d'y croire, vraiment. Rien n'est jamais perdu. Un naufragé scolaire peut trouver soudain la planche de salut à laquelle il pourra s'accrocher contre vents et marées.
Quand j'étais moi-même élève, il y a eu un moment où ma situation semblait désespérée. D'ailleurs, complètement désemparés, mes parents ont fini par m'inscrire dans un lycée privé. Ils pensaient qu'il fallait mettre au minimum Dieu dans le coup ! J'ai fait une seconde peu reluisante. Avec, par exemple, 3 de moyenne en maths (si !)... Puis, soudain, en première, j'ai commencé à me passionner pour les langues en général et l'allemand en particulier. Il faut dire que ma prof était géniale et passionnée elle-même ! Elle aimait nous répéter que les mots allemands étaient des poupées russes (« on ouvre une poupée, il y en a encore une à l'intérieur ») ou des tiroirs remplis de surprises. Ce discours trouva très vite un écho en moi. Et je me mis à bosser comme une dingue pour rattraper mon retard. A la fin de mon année de terminale, sur le dossier à remplir pour nos études futures, « fac d'allemand » s'est imposé comme une évidence...
Et pour en revenir aux maths, tiens : oui, 3 de moyenne en seconde. Je détestais la prof ! Elle voyait les choses par le petit bout de la lorgnette. Hors des maths, point de salut (pour une bonne soeur, quand même, si c'est pas malheureux !). Année de terminale : nouveau prof de maths. Pas une bonne soeur cette fois, mais un type farfelu qui nous dit, dès la première heure de cours : « Je déteste la rentrée, ne pas pouvoir fumer pendant des heures. Si vous me voyez tourner comme un lion en cage, ne soyez pas inquiets, c'est juste que je suis en manque ». Là encore, ce discours a tout de suite fait des ricochets en moi !!! Le prof en question nous disait souvent : « Chaque année, pour mon anniversaire, j'écris à ma mère, je la félicite d'avoir mis au monde un être comme moi » !! Qu'il était bien, ce prof ! Il aimait lire et me disait souvent : « ça t'en bouche un coin, hein, que ton prof de maths lise presque autant que toi, n'est-ce pas ? ». Il savait s'y prendre. Même les plus réfractaires aux maths (dont je faisais partie, on l'aura compris) se mettaient à aimer cette matière. D'ailleurs, à une réunion parents-profs, je le lui avais dit, et il avait répondu : « Ne te fous pas de moi » !!!!!!!! Et quand les notes du bac sont tombées et que je me suis récolté un 14 en maths (si !), il m'a dit : « C'est mérité, je suis content ».
Ces gens-là (ma prof d'allemand, mon prof de maths) faisaient partie de ce qu'on pourrait appeler le « club des incorrigibles optimistes ». J'aimerais leur ressembler. Faire confiance aux élèves. Me dire que ce n'est jamais perdu...
Moralité, donc, hier comme aujourd'hui : pour être prof, il faut encore avoir des illusions sur le genre humain !!
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07.11.2009
20 ans déjà !
Vous avez vu ça ? En ce moment, on entend parler de l'Allemagne à tous les coins de rue ! Je biche, évidemment ! 20 ans déjà que le mur est tombé... Je me souviens encore assez précisément de ce 9 novembre 1989 qui changea la face du monde, piétinant enfin cette aberration qu'était la division de l'Allemagne... Les images de tous ces Allemands se retrouvant, s'enlaçant, pleurant parfois à chaudes larmes, m'avaient retourné le coeur. A l'époque, je commençais tout juste à aimer l'allemand. Je ne savais pas encore que je « finirais » prof d'allemand. C'est le destin, comme disent certains. Ma vocation, pour faire pompeux ! En 1993, âgée de 20 ans tout juste, je partais vivre et étudier à Leipzig. J'allais découvrir l'Est. Le charbon qu'il fallait aller chercher dans la cave quand on voulait prendre un bain chaud. Les Trabant qui faisaient un potin d'enfer. Les maisons délabrées. Le désarroi des uns, la joie des autres : aux yeux de certains Allemands de l'Est, tout était allé trop vite, ils ne parvenaient pas à prendre leurs marques dans le grand monde capitaliste. Pour d'autres, la réunification fut une délivrance. J'ai eu la chance de côtoyer les deux points de vue. La dame chez qui je vivais à l'époque, par exemple, était communiste jusqu'aux os ! Et regrettait le rideau de fer ! Et ponctuait ses phrases de mille et uns « zu DDR-Zeiten », toujours pour souligner les aspects positifs et imbattables du régime est-allemand. Mon ami R., lui, grand inadapté, me disait régulièrement qu'il n'avait jamais trouvé sa place dans le système communiste, mais que c'était encore pire maintenant qu'il n'existait plus. Moi, je ne pouvais que boire les paroles des uns et des autres, me tenir en retrait, poser quelques questions, mais jamais je n'aurais osé faire un commentaire. J'avais grandi à des lieues de tout cela, impossible de dire ce que j'en pensais...
Claudia Rusch, elle, a grandi les deux pieds dedans. Et s'est toujours sentie mal en RDA. Dans un livre puissant, Meine freie deutsche Jugend, elle a relaté d'une façon grandiose ses souvenirs est-allemands. Un livre dont il fut question ici l'année dernière, en décembre. Aussi, lorsque j'ai appris que madame Rusch, la grande, l'unique, allait venir à l'institut Goethe de Nancy, ai-je tout de suite su qu'il était de mon devoir d'aller l'écouter ! Jeudi soir, elle lisait quelques-uns de ses textes à l'institut Goethe. Et j'ai appris que des élèves d'un lycée de Nancy doté d'une section Abibac avaient traduit le livre Meine freie deutsche Jugend, sous la houlette de leur prof d'allemand. Claudia Rusch s'est réjouie : le titre retenu, La Stasi derrière l'évier, était celui auquel elle avait pensé pour la version allemande. Mais la maison d'édition avait émis de sérieuses réserves, et il avait fallu obtempérer. Claudia Rusch garde un souvenir amer de ce qu'elle a vécu en RDA. Elle en a toujours voulu à ce système qui enfermait ses citoyens. Cette femme est à la fois drôle et émouvante. Elle sait faire preuve de beaucoup d'humour, mais sait aussi donner libre cours à ses émotions ... se reprenant très vite cependant : « Si je me mets à pleurer ici et vous aussi, on va se trouver honteux après, c'est sûr. On va éviter » ! Malgré tout, elle avait presque des sanglots dans la voix en évoquant ses parents, à qui elle a rendu un magnifique hommage jeudi. « Je me suis demandé, après la chute du mur, ce que j'aurais fait s'il n'y avait pas eu la réunification. Je crois que j'aurais fini par quitter la RDA. Mais, étant fille unique, je me suis toujours sentie coupable de vouloir infliger une telle séparation à mes parents. En 1996, un de nos amis nous demanda, à mes parents et à moi, ce que nous aurions fait si le mur de Berlin n'était pas tombé. Et mes parents de lui expliquer qu'ils avaient déjà tout prévu pour ma fuite parce qu'ils savaient que jamais je n'aurais pu être heureuse en RDA ». On comprend que Claudia Rusch soit émue lorsqu'elle rapporte ce genre de propos...
J'ai passé une soirée magique, vraiment ! Le monde sans le mur de Berlin a 20 ans. C'est le plus bel âge de la vie, non ? Alors, Champagne !
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04.09.2009
La langue de Goethe...
J'ai effectué ma pré-rentrée mardi, j'ai assuré mes premiers cours (oh, je ne sais pas si j'ai assuré, en tout cas, j'ai fait mes premiers cours !) hier, c'est-à-dire jeudi. Et je dois avouer que je suis contente, oui, contente de retrouver certaines bouilles bien connues, contente d'en découvrir d'autres. Et je ne me lasse pas (pas encore ?) de ce métier qui peut être parfois si enrichissant. Car il arrive que l'on aille d'étonnement en étonnement, voire d'émerveillement en émerveillement. Je reconnais que j'ai de la chance et que je récupère un peu, grâce à ma matière, la crème du bahut. Mais pas toujours non plus !!! Je ne vais pas rougir de ce privilège, l'allemand morfle suffisamment par ailleurs. L'allemand a mauvaise presse, toujours, malgré Tokio Hotel, malgré je ne sais trop quoi ou qui. D'une façon générale, aux yeux de bien des élèves, cela reste une langue moche et difficile. Avoir un point de vue aussi étroit, quelle tristesse ! Ne pas se donner les moyens de vérifier si l'on a raison ou tort, quel dommage ! Mes pauvres amis, vous passez à côté d'une langue merveilleuse, ultra poétique, extrêmement précise, incroyablement riche et belle. Enfin, tant pis pour vous !!! Et tant mieux pour les autres, les bienheureux qui choisissent d'étudier cette langue ! Je reviens à mes moutons : je fais parfois des yeux tout ronds devant ce que peuvent me dire les élèves. L'année dernière, leur demandant s'ils connaissaient des villes allemandes, j'avais été sidérée par la réponse d'un gamin : « Moi, madame, je connais Ulm parce que c'est la ville natale d'Einstein » !!!!! Ce matin, je signale à mes élèves de 6ème l'existence du formidable Institut Goethe de Nancy et là, une fille lève le doigt et me dit : « Ah oui, je connais, je passe souvent devant avec mes parents et j'ai même déjà fait des recherches pour savoir qui était Goethe ». Alléchée, je demande : « Ah ? Très bien, peux-tu nous en dire davantage sur Goethe ? » Et la gamine de me dire : « C'était un écrivain allemand qui a écrit Les malheurs du jeune Werther, je crois ». Moi : « Oui, ce sont Les souffrances du jeune Werther, tu n'étais pas loin ». Et la gamine de poursuivre : « J'aimerais bien lire ce livre » ! Ok, ma belle, mais sais-tu qu'à sa parution ce bouquin déclencha une immense vague de suicides ?!!!!! Evidemment, je ne lui ai pas dit ça, je vous le dis à vous, comme ça, au passage ! Ce matin, j'ai simplement signalé à l'élève en question que ce n'était pas un livre très gai. Pas très facile non plus, surtout quand on démarre l'allemand !!! Mais bon, me voilà revigorée pour le week-end ! Dire que dans un autre bahut, un jour où j'avais, par écrit, évoqué la langue de Goethe, un élève avait levé le doigt et demandé : « Mais c'est qui, Goète ? » !!!!! Qui a dit que la culture était en péril dans notre beau pays ?!!!
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