02/12/2011
Reinhard Mey
Je suis abonnée depuis de nombreuses années au magazine Vocable. J'ai reçu le dernier numéro ce matin et ai commencé à le lire ce soir. Immense joie de tomber sur un article consacré au chanteur Reinhard Mey (connu en France sous le nom de Frederik Mey). Et, en même temps, dès les premiers mots de l'article, je sens que le drame est prêt à nous bondir dessus. « Es könnte eine Tournee wie jede andere sein »... C'est-à-dire : « Cela pourrait être une tournée comme toutes les autres ». Un peu plus loin, on lit ceci : « Doch dieses Mal ist alles anders ». Et on apprend que Reinhard Mey vit effectivement un drame quotidien depuis deux ans : suite à une infection pulmonaire, son fils Max, âgé de 27 ans, est tombé dans le coma. Depuis, le chanteur n'a pas cessé d'aller rendre visite à son fils, de lui parler, de lui interpréter des chansons. Avec je ne sais quel courage, il a réussi à sortir un album, « Mairegen ». Et à partir en tournée.
Reinhard Mey, c'est pour moi un monument. J'ai beaucoup écouté ses chansons, en français et en allemand. Reinhard Mey, c'est « Il n'y a plus de hannetons » (« Es gibt keine Maikäfer mehr »), « Certains jours j'aimerais bien être mon chien », « Le vieil ours », « Maikäfer fliege », « Auf eines bunten Vogels Schwingen » (et je ne connais pas de plus belle ode à la vie !). A l'époque où un rideau de fer séparait l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest, Reinhard Mey écrivit une chanson très émouvante sur ce sujet : « Ich würde gern einmal in Dresden singen ». Un texte fort, dans lequel il disait que pour lui des noms comme Leipzig, Weimar, Dresden ou Heinrichsruh étaient plus exotiques que ceux de Singapour ou Los Angeles !
Reinhard Mey, c'est tellement plus encore. C'est plus de quarante ans de chansons, de trésors (que je ne connais pas tous). C'est une façon d'appréhender le monde, d'y poser un regard tantôt amusé, tantôt tendre, parfois indigné, mais jamais désabusé.
Sur son dernier album, Reinhard Mey a dédié une chanson magnifique à son fils Max. Une chanson dans laquelle il dit qu'il est bien décidé à le « zurücklieben in die Welt ». C'est une expression magnifique, qu'on a du mal à traduire en français. Cela donne quelque chose du style « ramener dans le monde par son amour ». C'est mille fois plus joli en allemand. Un verbe pour tout dire ! C'est ça que j'aime tant avec cette langue !
Dès que possible, je me procurerai « Mairegen ». J'ai un peu peur d'être sonnée à l'écoute de cet album aux accents tragiques...
Je dédie cette note à ma maman, qui aimait beaucoup Reinhard Mey. Et je la dédie aussi à ce chanteur magnifique et à sa famille.
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