25/06/2010
Widerstand Wirklichkeit / Le voyage dans le passé (Stefan Zweig)
Il y a une heure à peine, j'ai renouvelé mon abonnement Haut et fort afin de pouvoir continuer à alimenter le blog Cabaret Sainte Lilith. Ce dernier n'attire plus beaucoup les foules, les commentaires s'y font rares. Seuls quelques fidèles viennent encore régulièrement déposer un salut amical, une pensée, quelques mots au bas des notes (et je les en remercie). Je viens de « resigner » pour un an, mais si je vois que la morne plaine continue de régner sur ce cabaret, je le fermerai en juin 2011. Et que dire alors de ce blog amoureux de l'Allemagne, quasi désert ? Un monologue...
Qu'à cela ne tienne, je reste (stupidement) animée par mes passions et espère toujours les partager avec d'autres (quelle pauvre fille ! Y croire encore après tant de déceptions...).
Bref. Je viens de lire Le Voyage dans le passé, de Stefan Zweig. Le titre allemand de ce court roman (ou de cette longue nouvelle) est Widerstand Wirklichkeit. Mais, pour une fois, j'ai dérogé à ma sacro-sainte règle, à savoir lire les auteurs germanophones dans leur langue d'origine. Cette fois, donc, j'ai lu ce livre en français. Voilà une histoire d'une déchirante beauté. Louis, un jeune homme pauvre, entre au service d'un grand patron. Ce dernier, très content du travail de Louis, l'invite à venir habiter sous son toit. Une étrange cohabitation se met en place entre Louis, son patron et la femme et le fils de celui-ci. Au fil du temps, une relation faite de silences, d'accords tacites, se tisse entre Louis et la femme de son patron. A peine Louis a-t-il émis un jugement favorable au sujet de tel ou tel livre que l'ouvrage vient orner les rayons de sa bibliothèque. A l'origine de tout cela, la femme du patron, donc. Et ce patron est tellement satisfait de son employé qu'il lui offre une promotion : partir deux ans au Mexique, afin d'y faire fructifier ses affaires. Louis est d'abord enchanté à l'idée de partir. Puis, soudain, un horrible malaise s'empare de lui. Il se demande comment il va pouvoir vivre deux ans durant loin de celle qu'il aime. Car oui, il est tombé fou amoureux de la femme de son patron. Et c'est réciproque. Mais trop tard : Louis doit s'en aller. Au Mexique, il compte les jours, attend les lettres de sa bien-aimée, lui en écrit lui aussi. Enfin, il ne reste plus que cent jours à attendre le retour. Il réserve et paie son trajet en bateau. Mais un désastre vient contrarier ses plans : en Europe, la guerre sévit. Louis ne peut rentrer. Il reste donc au Mexique. Les années passent et la triste sagesse populaire qui veut que « loin des yeux, loin du cœur » prouve une fois de plus qu'elle n'a pas tort ! L'amour de Louis s'étiole, s'amenuise, s'épuise au fil du temps. Il se marie. Ce n'est que neuf ans après avoir quitté l'Europe qu'il va y remettre les pieds. Il prévient sa bien-aimée. Qui, entre-temps, a perdu son mari. Louis part la retrouver, mais une espèce de chape de plomb pèse à présent sur leur relation. Leur rieuse complicité d'antan n'est plus ce qu'elle était. Le récit, empreint d'amertume, s'achève sur les extraits d'un bien triste poème de Verlaine, «Colloque sentimental », vous savez, celui qui commence par ces mots :
« Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé ». Poème sublime sur le fossé qui peut parfois séparer des êtres que tout réunissait autrefois. Et même la façon dont ils considèrent chacun leur histoire passée diffère : « Te souvient-il de notre extase ancienne ? », demande l'un. « Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ? », répond l'autre.
Amertume dans le récit de Zweig, amertume dans le poème de Verlaine. Dans les deux cas, les êtres qui se sont aimés en arrivent à ne plus se comprendre. Chez Zweig, les choses sont pires, si je puis dire, car l'histoire n'aboutira jamais pleinement. Louis rêvera de sa belle sa vie durant, mais il ne lui sera pas donné de « consommer », si vous me permettez cette expression un peu triviale. En arrivant au point final de cette histoire, j'ai pensé à ces mots de Duteil : « Et la vie, doucement, referme de ses plis
Ces chemins qui s'ouvraient et qu'on n'a pas suivis ». Ou encore à ceux de Gary : « La vie est pavée d'occasions perdues »... Davon kann ich ein Lied singen, comme disent mes copains allemands !
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