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21/12/2007

Maxie Wander

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Je ne sais pas si, comme moi, vous avez des livres qui vous accompagnent dans la vie, comme des bréviaires. De ces livres que l’on trimbale partout avec soi sans avoir besoin de leur véritable présence « physique ». On les a tout simplement en soi et, de temps à autre, on en convoque des passages entiers qui nous ont marqués…
Maxie Wander fait partie de ces auteurs qui ont donné d’autres couleurs à mon quotidien. Et je ne remercierai jamais assez le (presque) hasard qui me conduisit, il y a de cela quatorze ans maintenant (purée, déjà !), à aller vivre à Leipzig, au fin fond de l’Allemagne, de cette Allemagne que précisément on connaissait si peu à l’époque. Quelles images avions-nous de ce pays situé « de l’autre côté » ? Et moi-même, quand je m’engageai à y partir deux années de suite, quelles visions pouvais-je bien avoir en tête, du haut de mes vingt ans qui ignoraient à peu près tout de ce bas monde ?! Je crois que je n’imaginais tout bonnement rien et que c’est à cette absence totale d’imagination que je dois d’avoir écarquillé les yeux sur tout… L’Allemagne de l’Est, à l’époque, enfin ce que l’on appelait l’ex-Allemagne de l’Est et qui ne ressemblait en rien à l’autre, la rutilante que je connaissais, oui, l’Allemagne de l’Est, c’était quelque chose ! Pour obtenir de l’eau chaude dans la salle de bains, je devais descendre à la cave y chercher du charbon ! Ma logeuse s’occupait du reste. Sinon, c’était eau froide au quotidien ! Dans la salle de bains, en tout cas. Et quand ma logeuse m’avait annoncé que vu le cirque que c’était, je ne pourrais prendre mon bain que deux fois par semaine, j’avais légèrement tiqué. Et j’ai souvent pris des douches glacées à cette époque ! Quand j’allais me frotter ensuite au froid du dehors, j’avais même l’impression qu’il faisait presque doux, du coup !

Parallèlement à ce quotidien assez formateur, je suivais des cours à l’université de Leipzig. Là-bas, à l’époque, on enseignait encore une matière formidable qui n’était autre que la « DDR-Literatur », la littérature de RDA. Et c’est ainsi que j’ai découvert une quantité phénoménale d’auteurs venus de l’autre côté… Une littérature pas comme les autres, des bouquins dans lesquels l’essentiel se situait souvent entre les lignes… Parmi tous les auteurs qu’il me fut donné de découvrir (et j’essaierai de les évoquer tous ici), il y eut, entre autres, Maxie Wander. Elle est connue pour avoir surtout recueilli des témoignages de femmes vivant en Allemagne de l’Est. J’en reparlerai bientôt. Elle est également connue pour n’avoir pas eu le temps d’écrire tout ce qui, sans aucun doute, ne demandait qu’à jaillir d’elle… Elle mourut à 44 ans, ce qui ne lui laissa pas l’occasion, je pense, de s’exprimer autant qu’elle aurait pu le faire. Durant la longue et douloureuse période qui a précédé son décès (le cancer l’emporta en 1977), Maxie Wander s’obstina à écrire malgré tout. Essentiellement des lettres et des pages entières dans son journal intime… Mes bréviaires, ce sont ces magnifiques recueils que son époux, Fred Wander, a bien voulu livrer au public… J’en mettrai des passages bientôt sur ce blog.

Ce que j’ai également toujours en tête depuis ma rencontre avec Maxie Wander, ce sont ces mots que son mari (Fred Wander, donc) écrivit pour elle un jour : « Wenn du einem Menschen begegnest, soll er mit einem Lächeln weitergehen, und sein Puls soll um drei Grade stärker schlagen, weil du ihm eine Ahnung von seinen verborgenen Kräften und den in ihm schlummernden Ideen verschafft hast ». Ce qui veut dire : « Lorsque tu rencontres quelqu’un, il doit repartir avec le sourire, et son pouls doit battre trois fois plus fort, parce que tu lui auras donné à pressentir ses forces cachées et les idées qui sommeillent en lui ». Combien de rencontres de ce genre faisons-nous en une vie ? Très peu, finalement… Et nous, de notre côté, savons-nous rendre les autres attentifs à ce qui sommeille en eux ? Difficile exercice, n’est-ce pas ?! Pour ma part, c’est essentiellement grâce à certains livres et à certaines œuvres d’art que j’ai entendu soudain une petite voix en moi, senti des forces cachées, des idées en suspens qui ne demandaient qu’à jaillir… Merci à Maxie Wander, qui fut, entre autres, une «déclencheuse » d’idées chez moi ! Elle m’a appris à essayer d’enlacer la vie à chaque seconde. Et quand je me laisse bouffer bêtement par mes colères quotidiennes, dues à des broutilles finalement, je devrais me replonger systématiquement dans les écrits de cette grande dame… Faire silence et me remémorer tous ces passages qui me font à chaque fois battre le pouls trois fois plus vite et que je vous mettrai ici très, très bientôt !